Textes & idées
Les Assemblées du Futur : quand une voix rencontre d'autres voix
Une proposition de Radio du Futur pour relier les personnes, les territoires et les idées qui cherchent à prendre forme.
Et si chaque rencontre pouvait devenir une émission, une expérience collective et le début d'une autre rencontre ? Radio du Futur ouvre les Assemblées du Futur.
Quelqu’un ouvre la porte d’une salle communale. On pousse deux tables, on approche quelques chaises. Une personne est venue parler d’eau, une autre de son école, une troisième d’un chemin qu’on ne peut plus emprunter. Quelqu’un arrive avec un enregistreur. Il y a du café, des silences, des désaccords, des histoires que personne ici n’avait encore entendues.
Une question circule. Elle change légèrement quand elle passe d’une personne à l’autre.
À la fin de la rencontre, le groupe a identifié une chose concrète à essayer. Une personne propose de la raconter à la radio. Quelqu’un d’une autre commune écoute cette émission et reconnaît une situation qu’il connaît. Il propose une nouvelle rencontre.
Une assemblée peut commencer ainsi.
J’aimerais que Radio du Futur aide à faire exister ces passages. J’appelle cette expérience les Assemblées du Futur.
Ce que nous pouvons apprendre d’ailleurs
En Serbie, après l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad le 1er novembre 2024, une mobilisation étudiante a pris forme. Les étudiants ont organisé des blocages, des réunions et des plenums : des assemblées où se discutent et se prennent des décisions collectives. Cette organisation a été documentée dès février 2025 par Deutsche Welle.
Le mouvement a aussi construit sa circulation médiatique. Dans un environnement où la liberté de la presse soulevait de fortes inquiétudes, les réseaux sociaux ont servi à relayer des informations, des appels et des témoignages. Le Reuters Institute soulignait en juin 2025 l’importance de ces usages pour la mobilisation.
Le 25 octobre 2026, la liste issue du mouvement étudiant a obtenu plus de la moitié des voix aux élections législatives anticipées, comme l’a rapporté NPR le lendemain.
Chaque territoire possède son histoire, ses conflits, ses risques et ses formes d’organisation. Je souhaite comprendre précisément ce que les étudiants serbes ont inventé, ce qui a fonctionné, ce qui s’est heurté à des limites, et ce que d’autres personnes pourraient adapter librement.
Une question m’accompagne : comment faire pour qu’une parole citoyenne trouve réellement un chemin vers d’autres personnes et vers une action possible ?
Une assemblée qui continue de vivre après la rencontre
Une Assemblée du Futur pourrait prendre différentes formes : une conversation dans une maison, une table installée sur une place, une rencontre entre habitants et chercheurs, un atelier artistique, un échange entre communes éloignées.
Elle commencerait par une question située. Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui en fait l’expérience ? Qu’avons-nous envie de comprendre ensemble ? Quelles ressources existent déjà ? Quelle première expérience pourrions-nous tenter ?
Il serait possible d’y écouter un récit, de confronter des informations, d’accueillir un désaccord, de faire entendre une chanson ou de recevoir une voix enregistrée à l’autre bout du monde.
À la fin, une trace claire resterait disponible : les questions ouvertes, les propositions, les points de désaccord et, si le groupe le souhaite, une prochaine action avec des personnes volontaires.
Une radio qui fait circuler les rencontres
C’est ici que Radio du Futur peut apporter quelque chose de singulier.
Une rencontre peut donner naissance à une émission, à plusieurs entretiens, à une création sonore, à un article, à une capsule vidéo sous-titrée. Ces formes circulent sur le site, à l’antenne, sur YouTube et sur les réseaux sociaux. Elles conduisent vers un lieu commun où l’on peut retrouver leur contexte et contribuer à la suite.
Le site de Radio du Futur est développé sur mesure. Nous disposons déjà d’outils de publication, d’un espace contributeurs et d’automatisations. Nous allons prendre soin des raccords : accueillir une parole, la conserver avec sa provenance, préparer ses différentes formes, puis la partager avec l’accord des personnes concernées.
Une émission pourra ainsi ouvrir une assemblée ; une assemblée pourra nourrir la suivante. Les expériences deviendront transmissibles, discutables, améliorables.
Il faudra aussi cultiver des limites claires : aucune parole privée publiée automatiquement ; le consentement pour les enregistrements et leurs réutilisations ; la possibilité de participer sans être filmé ; la distinction entre une proposition, un accord collectif et une décision qui engage effectivement quelqu’un.
Une première expérience, à construire ensemble
Je voudrais commencer à petite échelle, à partir d’un lieu réel et de quelques personnes disposées à expérimenter. Une première rencontre, une première émission, une première question venue des habitants. Nous verrons ce qui circule et ce qui appelle davantage d’attention.
Nous pourrons ensuite partager le déroulement de cette expérience pour que d’autres groupes inventent la leur, avec leurs propres rythmes.
Quelle question aimeriez-vous poser à des personnes qui vivent près de chez vous ?
L’eau ? Les déplacements ? Les lieux de rencontre ? Le rapport entre générations ? La place de la musique, des animaux, des forêts, du travail, du temps libre ? Une autre question, encore sans nom ?
Vous pouvez également proposer d’accueillir une rencontre, de participer à une émission, de mener une enquête, de prêter une compétence ou simplement de venir écouter.
Découvrir les Assemblées du Futur et confier une première proposition
C’est une invitation à construire un espace commun, et à voir ce que les voix peuvent faire naître lorsqu’elles commencent à circuler.
Carlos Chapman — Radio du Futur