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Textes & idées

Et si les pétitions se retrouvaient ?

L’Atlas des pétitions : plus de quatre mille propositions citoyennes, reliées par ce que disent leurs textes

Des milliers de personnes ont écrit une pétition à l’Assemblée nationale. Beaucoup disent la même chose sans le savoir. Une expérimentation indépendante les relie, et montre ce qu’un site officiel pourrait proposer.

4 novembre 2026Article long · Carlos ChapmanTextes & idées
Vingt-trois points reliés par un réseau serré de traits bleus, sur fond ivoire ligné : la constellation des pétitions sur le vote blanc dans l’Atlas.
La constellation du vote blanc : vingt-trois pétitions et leurs rapprochements, dessinés depuis les données de l’Atlas.

Sur la plateforme de l’Assemblée nationale, des milliers de personnes ont écrit une pétition. Chacune l’a fait seule, avec ses mots, souvent après une colère, une rencontre ou une injustice vue de près. Prises une à une, ces pétitions ressemblent à des bouteilles à la mer.

Mises côte à côte, elles racontent autre chose. Beaucoup disent la même chose sans le savoir.

Ce qu’on voit quand on les relie

Les données des pétitions sont ouvertes. Elles sont publiées par l’Assemblée nationale, mises à jour chaque semaine, sous Licence Ouverte. En les lisant ensemble, on voit apparaître des sujets, comme des constellations.

Une constellation réunit des pétitions dont les textes se ressemblent assez pour tourner autour du même sujet. Celle du vote blanc compte vingt-trois pétitions. Celle de la dissolution de la BRAV-M en compte vingt-deux : on pourrait croire à vingt-deux revendications, et en les lisant ensemble il n’y a que quatre demandes distinctes, dont l’une apparaît dix-huit fois sous une forme presque identique.

Ce chiffre dit quelque chose de précis : l’attention est dispersée. Une même demande répétée dix-huit fois n’est pas dix-huit fois plus forte, puisque les soutiens ne s’additionnent pas ; elle est simplement éparpillée.

Compter les signatures, pas les pétitions

Le nombre de pétitions trompe. À l’été 2025, après la pétition d’Éléonore, vingt-trois ans, contre la loi Duplomb, vingt pétitions apparaissent pour défendre la loi. Plusieurs se nomment elles-mêmes « contre-pétition », une autre demande de « ne pas tenir compte » de la première. À elles vingt, elles réunissent 8 372 signatures. La sienne en compte 2 131 368, deux cent cinquante fois plus : c’est la pétition la plus signée de toute la plateforme.

Même chose pour la peine de mort. Seize pétitions réclament son retour ; toutes ensemble, elles pèsent 5 354 signatures, moins d’une sur mille. Elles existent et disent une colère réelle, mais elles ne disent pas ce que demandent celles et ceux qui signent.

Ce qu’ils demandent, les grandes pétitions le montrent. Les cinquante-deux qui dépassent dix mille signatures portent 84 % de toutes les signatures déposées depuis 2020. On y lit la santé et l’alimentation (les pesticides, le Nutri-Score, le cadmium), le vivant (les renards, l’autoroute A69), les libertés publiques (la présomption de légitime défense des policiers, les armes mutilantes dans les manifestations lycéennes, la BRAV-M), la dignité des autres (Gaza, l’allocation aux adultes handicapés, les féminicides, le congé maternité), la justice fiscale. D’autres colères y figurent, contre le contrôle technique des motos ou les zones à faibles émissions. Mais ce qui domine, et de loin, c’est une demande de protection : de la santé, du vivant, des libertés, des autres.

Ce n’est pas un jugement sur la valeur d’une idée, et l’Atlas garde une place pour les pétitions que personne n’a vues. C’est une mesure : multiplier les pétitions, ce n’est pas multiplier les gens. Une même personne peut signer plusieurs fois sur des pétitions différentes ; ce sont des signatures, pas des personnes. Mais l’écart entre 8 372 et deux millions ne tient pas à ce détail.

Proche ne veut pas dire pareil

L’Atlas ne cherche pas à fabriquer du consensus. Deux pétitions peuvent parler du même sujet et demander des choses opposées : l’une veut interdire, l’autre autoriser. Le moteur le garde en tête. Il range les rapprochements en textes très proches, propositions complémentaires, pistes de comparaison, et n’annonce un désaccord que lorsque les titres portent des mots clairement contraires. Chaque rapprochement montre les mots qui l’expliquent, pour que chacun puisse le vérifier.

Les soutiens ne sont jamais additionnés. Le nombre de signatures n’est qu’un filtre parmi d’autres : une section entière, « Les invisibles », remet en vue les pétitions très peu soutenues, au hasard, sans hiérarchie. Peu de soutiens ne dit rien de la qualité d’une idée.

Écrire son idée, voir qui y pense déjà

Voici la partie qui change l’usage. On peut écrire sa propre pétition, en quelques phrases, et l’Atlas montre les pétitions qui s’en rapprochent, la constellation que l’idée rejoint, et les mots que l’on a en commun avec chacune. Le texte reste dans le navigateur : il n’est ni envoyé, ni enregistré.

Le but n’est pas de décourager d’écrire. Il est de rejoindre plutôt que de disperser : trouver, avant de lancer une pétition de plus, celles qui existent déjà, lire leurs demandes, voir en quoi la sienne diffère.

Ce que cela dit du site officiel

Tout cela a été construit en peu de temps, avec des données publiques, par une personne. Ce n’est pas un exploit, c’est un constat : aujourd’hui, relier des milliers de textes, les comparer, montrer ce qui se ressemble, est à la portée d’un petit projet.

Alors une question se pose, sans accusation : pourquoi ce geste n’est-il pas déjà au cœur du site officiel ? À chaque dépôt, il pourrait proposer : « Voici ce qui existe déjà sur ce sujet. » Les pétitionnaires gagneraient du temps, les propositions voisines se renforceraient, et les députés liraient des demandes précises plutôt que des doublons.

L’Atlas est une expérimentation indépendante, sans affiliation institutionnelle avec l’Assemblée nationale. Il ne permet pas de signer : chaque fiche renvoie vers la pétition officielle. Il sert à montrer à quoi ressemblerait un lieu où les idées proches se retrouvent.

Pour l’essayer

L’Atlas est ouvert : atlas des pétitions. On peut y chercher « pluralisme des médias », parcourir les constellations, comparer deux textes, ou écrire sa propre idée. Les limites sont écrites sur la page « Méthode et données » : la description du jeu de données peut être plus courte que le texte intégral, le moteur peut se tromper, et un rapprochement absurde se signale.

Beaucoup de personnes veulent la même chose et ne se sont jamais croisées. L’Atlas ne fait qu’une chose : il les met dans la même pièce.