chambre documentaire · Diffusion culturelle

Bertha von Suttner publie *Bas les armes !*

Faire ressentir la guerre à ceux qui la connaissent surtout comme un récit héroïque

Temps1889TerritoireVienne / espace germanophoneÉchellePersonne · Mondial
La question ouverte ici

Peut-on désarmer une société avant de désarmer ses arsenaux ? Cette fiche répond : on peut au moins commencer par désarmer certains de ses récits.

Le geste de paix

Faire de la fiction une infrastructure de délégitimation culturelle de la guerre.

01cultural disarmament
02peace movement
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Récit

Date : 1889 Œuvre : Die Waffen nieder! — Bas les armes ! / Lay Down Your Arms! Autrice : Bertha von Suttner, 1843–1914 Nature : roman anti-guerre puis mouvement éditorial et militant Repères ultérieurs : Société autrichienne de la paix en 1891 ; revue Die Waffen nieder! à partir de 1892 ; Nobel de la paix en 1905 Forme temporelle : œuvre culturelle → circulation → mouvement → influence politique

La même année que la fondation de l’Union interparlementaire paraît un roman.

Pas un traité.

Pas une convention diplomatique.

Un roman.

Die Waffen nieder!.

Son titre est déjà un ordre :

Bas les armes.

Bertha von Suttner vient d’un milieu aristocratique profondément lié à la culture militaire de l’Empire austro-hongrois.

Elle avait elle-même grandi dans cet imaginaire.

Puis son regard change.

En 1889, elle publie l’histoire de Martha, une femme dont la vie est traversée et détruite à plusieurs reprises par les guerres européennes de son époque.

L’autrice avait effectué un travail documentaire sur les conflits qu’elle mettait en scène.

Le résultat n’est pas une abstraction politique.

La guerre entre dans la vie privée.

Veuvage.

Blessures.

Deuil.

Épidémies.

Familles brisées.

Peur.

Militarisme.

Le Nobel Prize présente aujourd’hui Lay Down Your Arms comme l’un des romans anti-guerre les plus influents du XIXe siècle.

Le livre connaît de nombreuses éditions et traductions.

Bertha von Suttner devient progressivement l’une des principales figures du mouvement international pour la paix.

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Pourquoi un roman appartient pleinement à cette chronologie

Cette fiche est capitale pour L’Autre Version de l’Histoire.

Elle démontre historiquement une chose que le projet lui-même cherche à faire :

la fiction peut participer à la transformation du réel.

Un traité agit dans le droit.

Une organisation agit dans les institutions.

Un roman agit dans les représentations.

Les sociétés ne font pas la guerre uniquement parce qu’elles possèdent des armes.

Elles peuvent aussi accepter la guerre parce qu’elles possèdent des récits qui la rendent glorieuse, nécessaire, masculine, héroïque ou inévitable.

Changer l’imaginaire de la guerre devient donc une forme de désarmement culturel.

Bertha ne détruit pas un canon.

Elle attaque une représentation.

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La fiction comme technologie politique

Une page particulièrement forte pourrait montrer deux bibliothèques imaginaires.

Dans la première :

récits de conquête, héros militaires, batailles, gloire, uniformes.

Dans la seconde apparaît un livre qui fait entrer dans la même histoire :

les morts, les veuves, les blessés, la maladie, les familles, les civils.

Le champ de bataille cesse d’être vu seulement depuis celui qui commande.

C’est une modification du point de vue.

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Bertha et Alfred Nobel

En 1876, Bertha travaille brièvement comme secrétaire d’Alfred Nobel à Paris.

Ils restent ensuite en correspondance pendant des années.

Elle critique notamment les applications militaires des inventions explosives et cherche à convaincre Nobel de soutenir davantage le mouvement pour la paix.

Le Nobel Prize indique qu’il existe de solides raisons de considérer cette relation comme ayant influencé la réflexion de Nobel sur la création d’un prix de la paix.

Il faut rester précis :

Bertha von Suttner n’est pas “l’unique personne qui a inventé le Nobel de la paix”.

Mais leur correspondance montre qu’une militante pacifiste et l’inventeur dont la fortune est liée notamment aux explosifs ont entretenu un dialogue durable sur la guerre et la paix.

Cette tension est presque romanesque à elle seule.

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Après le livre

Le roman ne reste pas isolé.

En 1891, Bertha participe à la fondation de la Société autrichienne de la paix.

En 1892, avec Alfred Hermann Fried, elle lance une revue qui porte également le titre Die Waffen nieder!.

Elle participe à des congrès internationaux.

Elle entretient un réseau épistolaire considérable.

Elle soutient l’idée d’arbitrage international.

Elle participe à la mobilisation autour de la Conférence de La Haye de 1899 et en rend compte dans la presse.

En 1905, elle devient la première femme à recevoir le prix Nobel de la paix.

La trajectoire permet donc de suivre exactement :

roman → lecteurs → mouvement → journal → congrès → pression politique → institutions

Ce type de propagation est central pour la future dimension interactive du site.

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La chronologie doit montrer la circulation d’une œuvre

Pour Bertha, une simple date « 1889 » serait insuffisante.

Le visiteur devrait pouvoir voir le livre se diffuser.

Vienne.

Berlin.

Paris.

Londres.

Traductions.

Rééditions.

Articles.

Sociétés de paix.

Correspondances.

Congrès.

La carte ne montre plus un événement.

Elle montre une idée qui voyage.

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Limites et contexte

Bertha von Suttner appartient à une élite européenne.

Le mouvement international pour la paix de son époque reste largement structuré par des réseaux européens et nord-américains.

Sa critique de la guerre est considérable, mais elle ne constitue pas à elle seule une critique complète de l’ordre impérial, colonial ou social de la fin du XIXe siècle.

Il faut également éviter le récit de « la grande femme exceptionnelle entourée d’hommes ».

Son importance est réelle, mais la chronologie devra progressivement rendre visibles beaucoup d’autres femmes ayant organisé, écrit, négocié et résisté pour la paix.

La fiche suivante de 1915 permettra d’ailleurs de passer d’une figure à un mouvement collectif international de femmes.

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Question posée au visiteur

Peut-on désarmer une société avant de désarmer ses arsenaux ?

Cette fiche répond :

on peut au moins commencer par désarmer certains de ses récits.

L

Limites, tensions et contexte

L’entrée doit replacer l’autrice au milieu des réseaux pacifistes plutôt que construire une histoire centrée sur une héroïne isolée.

Ce que le geste met en circulation

Cette fiche est capitale pour L’Autre Version de l’Histoire. Elle démontre historiquement une chose que le projet lui-même cherche à faire : la fiction peut participer à la transformation du réel. Un traité agit dans le droit. Une organisation agit dans les institutions. Un roman agit dans les représentations. Les sociétés ne font pas la guerre uniquement parce qu’elles possèdent des armes. Elles peuvent aussi accepter la guerre parce qu’elles possèdent des récits qui la rendent glorieuse, nécessaire, masculine, héroïque ou inévitable. Changer l’imaginaire de la guerre devient donc une forme de désarmement culturel. Bertha ne détruit pas un canon. Elle attaque une représentation.

Changer d’axe

Cette histoire appartient à plusieurs temps.

Désarmer les imaginairesUne œuvre peut-elle retirer à la guerre une part de son prestige ?

Provenance

Sources, contexte et possibilité de vérification.

  1. Nobel PrizeBertha von Suttner — Factsinstitutional archive · vérifié le 2026-08-11
  2. Nobel PrizeNobel Prize — Bertha von Suttner, biographie et archivesdocumentary source · vérifié le 2026-08-15

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