chambre documentaire · Interdiction d’arme
La Déclaration de Saint-Pétersbourg interdit certains projectiles explosifs
Une arme peut être interdite parce qu’elle fait souffrir plus qu’elle n’est militairement nécessaire
Le progrès technique doit-il automatiquement devenir un progrès de la capacité à tuer ? En 1868, plusieurs États répondent déjà non.
Décider qu’une arme peut être jugée inacceptable en raison des souffrances qu’elle produit.
Récit
Date : 29 novembre / 11 décembre 1868 selon les calendriers russe et grégorien Lieu : Saint-Pétersbourg Texte : Déclaration renonçant à l’emploi, en temps de guerre, de certains projectiles explosifs de moins de 400 grammes Initiative : Empire russe Forme temporelle : innovation militaire → commission internationale → interdiction → principe juridique durable
Quatre ans après Genève, un nouveau type de question apparaît.
Cette fois, il ne s’agit plus seulement de protéger celui qui est déjà blessé.
Il s’agit de regarder l’arme elle-même.
Les progrès de l’armement au XIXe siècle rendent possibles de petits projectiles explosifs capables de provoquer dans le corps humain des blessures particulièrement destructrices.
La Russie propose une discussion internationale.
Une commission militaire se réunit à Saint-Pétersbourg.
Le 11 décembre 1868, les États signataires adoptent une déclaration interdisant entre eux l’emploi de projectiles de moins de quatre cents grammes qui seraient explosifs ou chargés de substances fulminantes ou inflammables.
Le détail technique peut sembler obscur.
Le préambule contient pourtant une idée d’une portée immense.
Il affirme que le seul objectif légitime de la guerre doit être d’affaiblir les forces militaires de l’ennemi et que cet objectif est dépassé par les armes qui aggravent inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat ou rendent leur mort inévitable.
Autrement dit :
même lorsqu’une arme permet de tuer l’ennemi, sa capacité à produire davantage de souffrance n’est pas automatiquement légitime.
Une limite est posée à la technologie.
Tout ce que l’on sait fabriquer ne doit pas nécessairement être utilisé.
Pourquoi cette entrée est décisive pour Mathieu et Elmer
Ici apparaît directement l’histoire réelle du désarmement.
Pas le désarmement total.
Pas encore.
Mais un premier mouvement clairement reconnaissable :
des États possèdent ou développent une technologie d’armement et décident collectivement de ne pas l’utiliser contre des personnes.
C’est exactement la matérialité que cherchait Mathieu lorsqu’il demandait :
est-ce qu’on a réussi à stopper les armes ?
La réponse historique n’est pas seulement future.
Des catégories d’armes commencent déjà à être retirées du champ du permis.
Cette ligne mènera plus tard :
- aux restrictions de La Haye ;
- aux armes chimiques ;
- aux armes biologiques ;
- aux mines antipersonnel ;
- aux armes à sous-munitions ;
- aux armes nucléaires dans le cadre du TIAN.
La phrase d’Elmer prend alors un sens documentaire :
« Vous aviez commencé bien avant toi. »
Une idée philosophique cachée dans un texte technique
Le chiffre de quatre cents grammes appartient à la technologie militaire de 1868.
Il changera de pertinence avec l’évolution des armes.
Mais le principe dépasse complètement le chiffre.
La nécessité militaire n’est pas sans limite.
La souffrance inutile peut devenir un critère d’interdiction.
Ce principe irrigue ensuite le droit international humanitaire.
La page doit donc présenter deux couches :
couche technique
quel projectile ? quel poids ? pourquoi ?
couche philosophique
qu’est-ce qu’un moyen de guerre acceptable ?
Cette superposition rendrait l’entrée passionnante au lieu d’en faire une fiche juridique sèche.
Limites
La Déclaration ne bannit pas toutes les armes explosives.
Elle s’applique aux parties contractantes dans les conditions prévues par le texte.
Les technologies évoluent ensuite, et la règle exacte concernant les projectiles explosifs connaît des interprétations et adaptations.
Surtout, les mêmes États capables de limiter une catégorie d’armes continuent à développer des arsenaux de plus en plus puissants.
Le XIXe siècle est simultanément un siècle de droit humanitaire croissant et d’industrialisation de la guerre.
Ce paradoxe doit devenir visible dans la chronologie.
La ligne de la paix et la ligne de l’armement progressent parfois en même temps.
Question posée au visiteur
Le progrès technique doit-il automatiquement devenir un progrès de la capacité à tuer ?
En 1868, plusieurs États répondent déjà non.
Limites, tensions et contexte
La déclaration porte sur une catégorie précise d’armes et non sur le désarmement général.
Ce que le geste met en circulation
Ici apparaît directement l’histoire réelle du désarmement. Pas le désarmement total. Pas encore. Mais un premier mouvement clairement reconnaissable : des États possèdent ou développent une technologie d’armement et décident collectivement de ne pas l’utiliser contre des personnes. C’est exactement la matérialité que cherchait Mathieu lorsqu’il demandait : est-ce qu’on a réussi à stopper les armes ? La réponse historique n’est pas seulement future. Des catégories d’armes commencent déjà à être retirées du champ du permis. Cette ligne mènera plus tard : aux restrictions de La Haye ; aux armes chimiques ; aux armes biologiques ; aux mines antipersonnel ; aux armes à sous-munitions ; aux armes nucléaires dans le cadre du TIAN. La phrase d’Elmer prend alors un sens documentaire : « Vous aviez commencé bien avant toi. »
Changer d’axe
Cette histoire appartient à plusieurs temps.
Constellation documentaire
Des mécanismes voisins, ailleurs et autrement.
Provenance
Sources, contexte et possibilité de vérification.
- International Committee of the Red CrossSt Petersburg Declaration of 1868treaty archive · vérifié le 2026-08-11
- CICRCICR — texte intégral de la Déclaration de Saint-Pétersbourg, 1868.documentary source · vérifié le 2026-08-15
- CICRCICR — pratique relative à l’interdiction des projectiles explosifs.documentary source · vérifié le 2026-08-15
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