Réflexions / Politique / Géohumanisme
Géohumanisme des peuples
Manifeste pour le droit de chaque peuple à décider de son futur
Manifeste pour le droit de chaque peuple à participer pleinement aux décisions qui engagent son existence : souveraineté, justice sociale, paix active, Terre habitable et démocratie exercée.

Je pars d’une conviction simple : les peuples doivent pouvoir participer pleinement aux décisions qui engagent leur existence, leurs terres, leurs institutions et leur futur.
Un peuple, ce sont des enfants, des anciens, des travailleurs, des familles, des langues, des accents, des gestes, des rivières, des maisons, des écoles, des récits, des morts honorés, des existences protégées, des contradictions, des fêtes, des colères, des savoirs, des rêves et des manières d’habiter la Terre.
Chaque peuple porte une histoire singulière.
Chaque peuple possède une dignité entière.
Chaque peuple doit pouvoir agir sur les choix qui façonnent sa vie collective.
Le peuple français a droit à la justice sociale, à des retraites dignes, à un hôpital qui soigne, à une école qui ouvre les possibles, à une vie publique qui prend son intelligence au sérieux. La démocratie peut vivre chaque jour dans les communes, les territoires, les institutions, les lieux de travail et les grandes décisions collectives. L’information peut circuler à travers des médias pluriels, transparents sur leurs intérêts et attentifs à la diversité des expériences humaines.
Le peuple ukrainien a droit à l’intégrité de son territoire. Le retrait des forces russes des régions occupées constitue une condition fondamentale de sa souveraineté. Ses villes, ses villages, ses familles, ses langues, ses paysages et ses institutions appartiennent à celles et ceux qui les font vivre. La paix demande la reconnaissance du peuple attaqué, le retour du droit, la réparation des terres meurtries et une diplomatie capable de reconstruire des relations après la guerre.
Le peuple taïwanais doit pouvoir décider de son futur. Des millions de personnes y ont construit une société, des institutions, une culture politique, des liens sociaux et une expérience démocratique. Leur destinée dépasse les calculs stratégiques de Pékin, de Washington ou de toute autre puissance. Les habitants de Taïwan sont les premiers concernés par les choix qui engagent leur pays.
Le peuple kanak porte une relation ancienne à la terre, aux langues, aux lignages et aux institutions coutumières de l’archipel. Les habitants de Nouvelle-Calédonie partagent aujourd’hui un espace politique façonné par la colonisation, les migrations, les accords successifs et plusieurs mémoires collectives. Leur futur demande une décolonisation située, attentive à la place première du peuple kanak et capable d’associer l’ensemble des habitants à une construction commune.
Le peuple palestinien a droit à la liberté, à la sécurité, à la souveraineté, à ses terres, à ses maisons, à ses enfants protégés, à ses morts honorés et à une existence politique pleinement reconnue. La Palestine porte des familles, des villes, des villages, des oliviers, des exils, des arts, des langues, des souvenirs et une présence humaine qui réclame sa place entière dans le monde.
Le peuple israélien a droit à une sécurité fondée sur le droit, la reconnaissance du peuple palestinien et une transformation profonde des politiques de colonisation, d’occupation et de guerre. Deux peuples peuvent construire leur sécurité à travers la reconnaissance mutuelle, la circulation des personnes, la protection des civils, la justice et des institutions qui rendent possible une coexistence digne.
Le peuple russe, immense et divers, possède une histoire, des cultures, des territoires et des sensibilités qui excèdent largement le pouvoir du Kremlin. Il a droit à une vie politique ouverte, à des journaux libres, à des élections pluralistes, à des oppositions qui peuvent agir, à une histoire regardée dans toute sa complexité. Le régime autoritaire, impérialiste et militarisé dirigé depuis Moscou engage aujourd’hui la Russie dans la répression intérieure et dans une guerre de conquête qui atteint aussi profondément la société russe.
Le peuple chinois porte plusieurs millénaires de civilisations, de philosophies, de langues, de formes sociales, d’inventions et de transformations. Il doit pouvoir élaborer une voie issue de cette profondeur historique et de ses réalités contemporaines. La Chine peut offrir au monde des formes politiques, économiques et culturelles façonnées depuis son expérience. Cette puissance gagne en humanité lorsqu’elle protège les existences, accueille la pluralité intérieure du pays, laisse circuler la pensée, reconnaît les voix dissidentes et traite les peuples voisins comme des sujets de leur futur.
Les peuples des États-Unis portent eux aussi plusieurs mondes. Nations autochtones, descendants de l’esclavage, travailleurs, migrants, communautés rurales, grandes métropoles, mouvements sociaux, artistes, chercheurs, traditions spirituelles et histoires entremêlées composent une société beaucoup plus vaste que Washington, Wall Street ou son appareil militaire. Leur démocratie peut réduire l’emprise de l’argent sur la décision publique, diminuer la place des armes, réparer les effets du racisme structurel et transformer une politique extérieure longtemps façonnée par l’intervention militaire et la domination économique.
Partout, le peuple entier excède la figure de ses dirigeants.
Le peuple russe contient davantage que le Kremlin.
Le peuple chinois contient davantage que son appareil d’État.
Les peuples des États-Unis contiennent davantage que Washington.
Le peuple israélien contient davantage que son gouvernement.
Le peuple palestinien contient davantage que ses organisations politiques.
Le peuple ukrainien contient davantage que ses alliances militaires.
Le peuple taïwanais contient davantage que les rivalités géostratégiques qui l’entourent.
Le peuple kanak contient une histoire et une relation au territoire qu’aucune administration centrale ne peut résumer.
Cette règle vaut pour chacun.
La pluralité de chaque peuple
Un peuple reste pluriel, traversé par des désaccords, des générations, des classes sociales, des sensibilités, des langues et des visions du monde. Sa richesse vient aussi de cette pluralité.
Les États, les institutions, les alliances militaires, les marchés, les partis, les dirigeants et les doctrines trouvent leur fonction lorsqu’ils servent les habitants, garantissent leurs droits, organisent la délibération, protègent les milieux de vie et limitent la violence.
Je veux une politique qui regarde chaque société depuis ses lieux, son histoire, ses langues, ses blessures, ses savoirs, ses désirs et sa faculté de choisir.
La paix active
Je veux une paix active.
Une paix qui protège les populations attaquées.
Une paix qui identifie les responsabilités.
Une paix qui arrête les conquêtes territoriales.
Une paix qui réduit l’escalade militaire.
Une paix qui garde les chemins diplomatiques ouverts.
Une paix qui permet le retour des captifs et des déplacés.
Une paix qui soigne les territoires meurtris.
Une paix qui restaure le droit international.
Une paix qui écoute les survivants.
Une paix qui place les vies humaines au centre des décisions stratégiques.
La paix possède une dimension politique, sociale, écologique et territoriale. Une population déplacée perd aussi des maisons, des terres agricoles, des rivières familières, des cimetières, des paysages, des relations de voisinage, des lieux d’enfance. Reconstruire demande davantage qu’un accord entre gouvernements : il faut rendre possible la continuité des vies.
La Terre habitable
Cette boussole rejoint directement l’écologie.
Je veux un monde habitable.
Des eaux où la vie circule.
Des sols fertiles.
Des forêts nombreuses et diverses.
Des animaux disposant d’espaces où vivre et se déplacer.
Des villes respirables.
Des campagnes habitées.
Des nourritures qui relient santé, agriculture et terre.
Des mers protégées de l’épuisement.
Des montagnes, des vallées, des marais et des rivières considérés comme des milieux de vie.
Des langues transmises.
Des cultures en transformation.
Des corps qui peuvent boire, manger, respirer, marcher, dormir, grandir et vieillir dans des environnements qui les soutiennent.
L’écologie embrasse les climats, les eaux, les sols, les espèces, les paysages, l’agriculture, l’alimentation, les maisons, les infrastructures, les transports, l’énergie, la santé, les techniques et nos façons d’habiter.
Elle relie une décision prise dans une capitale à ses conséquences dans une vallée, un quartier, une ferme, une forêt, un archipel ou un corps humain.
Elle relie aussi les générations. Ce que nous cultivons, construisons, polluons, restaurons, transmettons et inventons aujourd’hui transforme les possibilités offertes à celles et ceux qui viendront après nous.
La démocratie exercée
La démocratie appartient elle aussi à cette géographie du vivant.
Entre deux élections, les citoyens peuvent continuer à participer aux décisions.
Référendums d’initiative citoyenne, assemblées locales, conventions tirées au sort, budgets participatifs, pouvoirs communaux, syndicats, associations, jurys citoyens et espaces de délibération offrent de nombreuses formes d’exercice collectif.
Les outils numériques ouvrent également des possibilités nouvelles : consultations régulières, propositions citoyennes, votes sécurisés, débats publics accessibles, suivi des engagements, transparence des décisions. Leur fonctionnement peut être placé sous contrôle démocratique, avec des garanties de sécurité, d’accessibilité et de confidentialité.
Une démocratie se pratique. Elle s’apprend. Elle se transmet. Elle grandit avec l’usage que les citoyens font réellement de leur pouvoir.
L’information désenvoûtée
Les médias occupent ici une responsabilité immense.
Désenvoûter l’information signifie montrer les propriétaires, les financements, les intérêts, les sources, les cadrages et les conséquences concrètes des décisions publiques. Cela signifie replacer les événements dans leur histoire, écouter les territoires, donner une place aux travailleurs, aux chercheurs, aux artistes, aux soignants, aux enseignants, aux paysans, aux habitants et aux personnes directement concernées.
Une information digne relie les faits, leurs causes, leurs lieux, les intérêts en présence et leurs effets humains. Elle donne au citoyen davantage de matière pour comprendre, comparer, douter, décider et agir.
Une même exigence partout
Cette manière de regarder le monde demande une même exigence partout.
La souveraineté ukrainienne possède la même valeur que la souveraineté palestinienne.
Le droit des Taïwanais à décider de leur futur compte autant que celui de n’importe quelle population vivant sous la pression d’une grande puissance.
La dignité du peuple russe demeure entière face au régime qui gouverne en son nom.
La civilisation chinoise possède le droit d’inventer ses formes contemporaines tout en reconnaissant la liberté politique des personnes et la souveraineté de ses voisins.
Les peuples des États-Unis peuvent transformer leur démocratie et leur rapport au monde depuis leurs propres luttes, leurs propres histoires et leurs propres inventions.
Le peuple kanak peut participer à la définition de son futur depuis la terre où son histoire s’est construite.
Chaque situation possède son histoire, ses rapports de pouvoir, ses responsabilités et ses chemins possibles. Une même attention aux êtres humains permet de les regarder ensemble.
La boussole
Voilà ma boussole.
Les peuples.
Le droit de décider.
La justice sociale.
La Terre habitable.
La paix active.
La démocratie exercée.
La pluralité des civilisations.
Les langues.
Les territoires.
La circulation des savoirs.
La possibilité pour plusieurs mondes humains de coexister, de se rencontrer, de s’influencer et d’inventer ensemble.
Chaque peuple a droit à une voix politique.
Chaque peuple a droit à la sécurité.
Chaque peuple a droit à une histoire transmise.
Chaque peuple doit pouvoir participer aux décisions qui engagent ses terres et son futur.
Chaque être humain peut apprendre à regarder au-delà de son appartenance immédiate et reconnaître chez les autres peuples la même profondeur d’existence que chez le sien.
La politique retrouve sa dignité lorsqu’elle commence là : écouter les êtres humains, les territoires et les peuples avant de parler en leur nom.
