chambre documentaire · Période

Le *sulh-i kull* : gouverner par la « paix avec tous »

Gouverner un empire en considérant la pluralité religieuse comme une réalité durable

TempsFin du XVIe siècle, surtout années 1590TerritoireEmpire mogholÉchelleCommunauté · Régional
La question ouverte ici

Qu’est-ce que des humains ont inventé ici pour que d’autres humains puissent vivre ensemble avec moins de violence ?

Le geste de paix

Faire de l’accommodement entre appartenances religieuses un principe explicite de gouvernement.

01plural governance
02translation
03religious coexistence
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Récit

Repère chronologique : politique développée surtout à partir de la fin des années 1570 et du début des années 1580 ; formulation pleinement élaborée dans les décennies suivantes Règne : Akbar, empereur moghol, 1556–1605 Espace : Empire moghol, Asie du Sud Concept : ṣulḥ-i kull — généralement traduit par « paix universelle », « paix avec tous », « tolérance universelle » ou « réconciliation durable » selon les auteurs Acteur intellectuel central : Abu’l-Fazl Forme temporelle : politique impériale + doctrine + pratique administrative

L’Empire moghol gouverné par Akbar rassemble des populations de religions, langues, communautés et traditions extrêmement diverses.

Une question devient donc structurelle :

comment un État gouverne-t-il durablement des sujets qui ne partagent pas la religion du souverain ?

La réponse qui se construit autour de la cour d’Akbar est connue sous le nom de ṣulḥ-i kull.

Les traductions varient.

« Paix universelle ».

« Paix avec tous ».

« Tolérance absolue ».

L’historien A. Azfar Moin insiste sur sa dimension d’« oath of peace », un ordre politique dans lequel la coexistence avec les différentes communautés religieuses devient un principe de loyauté impériale.

D’autres chercheurs préfèrent parler de « réconciliation durable » afin d’éviter de projeter sur le XVIe siècle notre concept contemporain de tolérance.

Ce qui importe pour la chronologie est moins le choix d’une traduction unique que le déplacement politique.

Sous Akbar, l’empire cherche progressivement à ne plus faire de l’appartenance à l’islam la condition définissant à elle seule la relation légitime avec l’État.

Musulmans sunnites et chiites, hindous, jaïns, chrétiens, zoroastriens et autres traditions peuvent être intégrés à une conception impériale qui affirme que la diversité religieuse doit être administrée plutôt qu’éliminée.

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Des gestes concrets précèdent et accompagnent la doctrine

La politique ne se résume pas à un slogan.

Akbar abolit le pèlerinage taxé imposé à certains non-musulmans puis la jizya au cours des années 1560.

Des élites rajpoutes intègrent davantage l’administration et l’armée impériales.

À Fatehpur Sikri, l’Ibadat Khana, ou Maison de l’adoration, devient un lieu de discussions où Akbar fait dialoguer savants musulmans et représentants d’autres traditions.

La cour patronne aussi de grands projets de traduction.

Le Mahābhārata est traduit du sanskrit en persan sous le titre Razmnāma, le « Livre de la Guerre ». La préface d’Abu’l-Fazl relie justement le projet de connaissance des traditions religieuses à la politique de gestion de la pluralité qui deviendra associée au ṣulḥ-i kull.

Ce point est remarquable pour Radio du Futur :

la traduction devient ici un outil politique de coexistence.

Comprendre les récits des autres fait partie de la manière de gouverner un monde pluriel.

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Pourquoi cette entrée est très différente de Varsovie

La Confédération de Varsovie repose sur une communauté politique nobiliaire qui limite la violence confessionnelle entre ses membres.

Le ṣulḥ-i kull vient d’un pouvoir impérial central.

Ce ne sont pas les mêmes structures.

Mais elles répondent presque simultanément, à plusieurs milliers de kilomètres de distance, à une question comparable :

que fait un État lorsqu’aucune religion ne peut réellement effacer toutes les autres ?

Cette synchronie peut devenir un moment spectaculaire de la chronologie.

L’utilisateur se place autour de 1580.

La carte du monde s’allume.

En Europe centrale : Varsovie.

En Asie du Sud : la politique d’Akbar.

Deux solutions différentes apparaissent presque en même temps.

Ce serait exactement l’un des effets recherchés par « L’Autre Version de l’Histoire » : découvrir des expériences parallèles que les récits nationaux enseignent séparément.

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Limites et contradictions

Akbar reste un empereur.

Le ṣulḥ-i kull n’est pas une démocratie pluraliste moderne.

L’Empire moghol continue à faire la guerre, à conquérir et à imposer l’autorité impériale.

Certains travaux récents soulignent même que l’exigence de coexistence pouvait être imposée avec la force du pouvoir souverain.

Il ne faut donc pas traduire automatiquement ṣulḥ-i kull par « liberté religieuse » au sens contemporain.

La politique dépend aussi fortement de la cour et du souverain. Les règnes ultérieurs connaissent d’autres orientations, ce qui pose une question fondamentale :

comment transformer une politique de tolérance portée par un souverain en institution qui survive au souverain ?

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Connexions

  • Varsovie 1573 : coexistence confessionnelle presque contemporaine.
  • Włodkowic : différence religieuse et droits politiques.
  • Kalisz : protection juridique d’une minorité.
  • Traductions et circulation des savoirs : branche possible vers les projets linguistiques de Radio du Futur.
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Limites, tensions et contexte

Il s’agit d’une politique impériale et sa portée concrète varie selon les moments, les acteurs et les territoires.

Ce que le geste met en circulation

La Confédération de Varsovie repose sur une communauté politique nobiliaire qui limite la violence confessionnelle entre ses membres. Le ṣulḥ-i kull vient d’un pouvoir impérial central. Ce ne sont pas les mêmes structures. Mais elles répondent presque simultanément, à plusieurs milliers de kilomètres de distance, à une question comparable : que fait un État lorsqu’aucune religion ne peut réellement effacer toutes les autres ? Cette synchronie peut devenir un moment spectaculaire de la chronologie. L’utilisateur se place autour de 1580. La carte du monde s’allume. En Europe centrale : Varsovie. En Asie du Sud : la politique d’Akbar. Deux solutions différentes apparaissent presque en même temps. Ce serait exactement l’un des effets recherchés par « L’Autre Version de l’Histoire » : découvrir des expériences parallèles que les récits nationaux enseignent séparément.

Changer d’axe

Cette histoire appartient à plusieurs temps.

Vivre avec celui qui n’est pas soiComment fabriquer du commun sans demander aux différences de disparaître ?

Constellation documentaire

Des mécanismes voisins, ailleurs et autrement.

La Grande Loi de la Paix haudenosauneeHaudenosaunee / nord-est de l’Amérique du NordLe Statut de Kalisz protège juridiquement les communautés juivesKalisz, Grande-PolognePaweł Włodkowic conteste la conquête au nom de la religionConcile de ConstanceLa paix dite « perpétuelle » entre Pologne et Empire ottomanPologne / Empire ottomanLa Confédération de Varsovie légalise la coexistence confessionnelleVarsovie

Provenance

Sources, contexte et possibilité de vérification.

  1. Cambridge University Press — Modern Asian StudiesSulh-i kull as an oath of peace: Mughal political theology in history, theory, and comparisonacademic article · vérifié le 2026-08-11
  2. A. Azfar Moin, « Sulh-i kull as an oath of peace: Mughal political theology in history, theory, and comparison », Modern Asian Studies, Cambridge University Press, 2022.A. Azfar Moin, « Sulh-i kull as an oath of peace: Mughal political theology in history, theory, and comparison », Modern Asian Studies, Cambridge University Press, 2022.documentary source · vérifié le 2026-08-15
  3. Christian Blake Pye, « The Sufi method behind the Mughal ‘Peace with All’ religions », Modern Asian Studies, 2022.Christian Blake Pye, « The Sufi method behind the Mughal ‘Peace with All’ religions », Modern Asian Studies, 2022.documentary source · vérifié le 2026-08-15

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